A la veille d'élections législatives décisives, trois ans après le traumatisme du 7 Octobre 2023, Israël évolue dans un climat de fortes tensions politiques et géopolitiques. Pourtant, le TA-35, principal indice de la Bourse de Tel-Aviv, affiche une progression de 152% sur trois ans et de 29% sur douze mois. Mais après avoir fortement progressé, le marché cède du terrain depuis le début de la campagne électorale. Une évolution qui illustre à la fois le dynamisme de l'économie israélienne, son attractivité internationale et sa sensibilité persistante aux risques politiques et sécuritaires.
Malgré la guerre et la persistance des tensions géopolitiques, la Bourse de Tel-Aviv semble évoluer sur un petit nuage. Portée par une dynamique haussière qui ne se dément pas, la place financière israélienne affiche une santé insolente, à contre-courant des incertitudes qui continuent de planer sur la région.
Reste que depuis un mois, l'indice TA-35 a reculé de plus de 3%, un repli qui coïncide avec le début de la campagne électorale. Si cette concomitance ne suffit pas à établir un lien de causalité, elle souligne la sensibilité du marché aux incertitudes politiques, dans un contexte régional toujours tendu.
Cet indice rassemble les principales capitalisations de la place israélienne. Parmi ses poids lourds figurent le géant pharmaceutique Teva, les banques Leumi et Hapoalim, ou encore Elbit Systems, spécialiste des technologies de défense. La présence de ces groupes illustre le poids des secteurs pharmaceutique, bancaire et de la défense dans l'indice, qui ne reflète donc pas à lui seul toute la diversité de l'écosystème technologique israélien.
L'histoire de la Bourse de Tel-Aviv remonte à 1935, avec l'organisation des premiers échanges de titres financiers, bien avant la création de l'Etat d'Israël. Officiellement fondée en 1953, cinq ans après l'indépendance du pays, elle a accompagné les grandes transformations de l'économie israélienne, jusqu'à l'émergence de la "Start-up Nation".
En 1992, la place financière lance son indice phare, le TA-25, qui rassemble alors les 25 principales capitalisations boursières du pays. A l'image du CAC 40 en France, cet indice sert de baromètre au marché actions israélien. Elargi à 35 sociétés en 2017, il devient le TA-35. En 2019, la Bourse de Tel-Aviv (TASE) franchit une nouvelle étape en faisant elle-même son entrée en Bourse.
Si les performances boursières peuvent surprendre au regard du contexte régional, elles s'inscrivent aussi dans une dynamique économique plus profonde. Israël s'appuie sur un tissu entrepreneurial développé, une forte culture de l'innovation et des liens étroits avec l'écosystème technologique américain.
"Si l'on prend un petit peu de recul, force est de reconnaître qu'Israël est tourné vers le dynamisme, la productivité et cette volonté de créer de la valeur, cette capacité à s'adapter à ce qui se fait dans le monde, notamment aux Etats-Unis. C'est un écosystème qui fait que chacun se porte vers le haut", explique Ethan Cohen, gérant privé de Cyrus Herez Israel, à Zonebourse.
L'intelligence artificielle illustre cette dynamique. Selon Ethan Cohen, Israël se classe au deuxième rang mondial pour le nombre de sociétés spécialisées dans l'IA, derrière les Etats-Unis.
Une place financière de plus en plus ouverte aux investisseurs étrangers
"Israël reste un pays relativement jeune, âgé de 78 ans, qui a su adapter progressivement ses structures aux standards internationaux ", souligne Ethan Cohen.
La Bourse de Tel-Aviv participe à cette transformation. Elle a dernièrement fait évoluer ses jours de cotation du dimanche au jeudi vers une semaine de négociation du lundi au vendredi. La publication en anglais, sur son site, des rapports des sociétés cotées contribue également à améliorer leur visibilité auprès des investisseurs étrangers et à faciliter l'accès à l'information financière.
Cette ouverture semble se refléter dans la composition des échanges. En mai 2026, les investisseurs étrangers représentaient environ 33% des échanges, contre 17% en janvier, selon les chiffres communiqués.
Un scrutin qui prend des allures de référendum
Les élections législatives de ce mardi 27 octobre se déroulent dans un contexte historique : il s'agit des premières élections organisées en Israël depuis l'attaque meurtrière du Hamas du 7 octobre 2023, qui a profondément traumatisé la société israélienne. Depuis, le pays a mené des opérations militaires sur plusieurs fronts, notamment dans la bande de Gaza, au Liban et contre l'Iran, plaçant les questions de sécurité au coeur du débat politique.
Au-delà des programmes et des rapports de force entre partis, le scrutin s'apparente à un véritable référendum pour ou contre Benjamin Netanyahou. Le Premier ministre sortant, qui cumule plus de 18 années à la tête du gouvernement israélien, aborde cette échéance dans une position fragilisée. Face à lui, Gadi Eisenkot, figure du centre droit et chef du parti Yashar ("intègre"), cherche à incarner une alternative politique.
Selon les tout derniers sondages, ce dernier arriverait en tête en nombre de sièges. Il bénéficierait également d'un avantage dans les enquêtes de popularité concernant l'aptitude à diriger le pays, avec 49% d'opinions favorables contre 41% pour Benjamin Netanyahou.
L'issue du scrutin demeure d'autant plus incertaine que le système électoral israélien, fondé sur la représentation proportionnelle à l'échelle nationale, favorise la fragmentation politique. La Knesset, le Parlement israélien, compte 120 sièges et la formation d'un gouvernement nécessite généralement de réunir une coalition d'au moins 61 députés. Arriver en tête des élections ne garantit donc pas de pouvoir gouverner.
Cette difficulté à dégager des majorités stables n'est pas nouvelle. Entre avril 2019 et novembre 2022, Israël a organisé cinq élections législatives en moins de quatre ans : deux en 2019, une en 2020, une en 2021 et une en 2022. Cette succession exceptionnelle de scrutins s'explique notamment par les difficultés récurrentes à constituer des coalitions parlementaires durables, dans un paysage politique profondément fragmenté.
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